Une pratique désormais installée, mais freinée dans son développement
Un socle solide, confirmé par le recensement du 26 janvier
Avec près de 4 000 infirmiers en pratique avancée diplômés et environ 2 000 étudiants en formation, la pratique avancée est aujourd’hui pleinement implantée en France. Le recensement publié le 26 janvier par l’Union nationale des infirmiers en pratique avancée recense précisément 3 973 IPA diplômés, toutes mentions confondues, et 1 988 étudiants inscrits en M1 et M2.
Ces données confirment que la pratique avancée est désormais une réalité de terrain, mais que son développement reste freiné par un cadre de formation et de structuration inchangé depuis 2018, qui limite sa montée en charge durable.
Un enjeu désormais centré sur le cadre, et non sur les volumes
Selon l’Unipa, la priorité n’est plus aujourd’hui d’augmenter uniquement le nombre d’IPA formés, mais de faire évoluer le cadre d’organisation de la profession.
Les IPA demeurent une profession numériquement restreinte, comparable à d’autres professions de santé dites « de niche », alors même que leurs missions sont essentielles pour le fonctionnement global du système de santé.
Des missions systémiques, sans concurrence avec l’exercice médical
Un rôle structurant dans les parcours de soins
Les infirmiers en pratique avancée interviennent directement dans :
- l’amélioration de l’accès aux soins,
- la prise en charge des maladies chroniques,
- la prévention,
- la coordination des parcours.
À ce niveau d’effectifs, il n’existe aucun effet de substitution massif vis-à-vis des médecins.
La pratique avancée ne présente aucun risque de déstabilisation de l’exercice médical, contrairement à certains discours corporatistes. Elle constitue au contraire une offre de soins complémentaire.
La pratique avancée ne doit donc pas être perçue comme un phénomène à contenir, mais comme un levier stratégique à structurer pour accompagner l’évolution du système de santé.
Un débat public désormais recentré
Le débat public et politique ne porte plus sur la légitimité de la pratique avancée, désormais acquise, mais sur les conditions de sa montée en charge organisée et sécurisée.
Cette montée en charge repose sur trois leviers majeurs :
- la structuration de la formation,
- un financement pérenne,
- une attractivité renforcée de la filière.
Un flux de formation encore insuffisant pour répondre aux besoins nationaux
Des objectifs 2030 hors de portée au rythme actuel
Environ 1 000 IPA sont diplômés chaque année.
À ce rythme, la France ne pourra pas atteindre les 10 000 à 15 000 IPA nécessaires d’ici 2030, malgré la progression rapide observée depuis 2019.
La formation est assurée par 33 universités, couvrant l’ensemble du territoire métropolitain et ultramarin. Cette couverture nationale s’accompagne toutefois d’une forte hétérogénéité, tant dans les mentions proposées que dans les volumes de présentiel, les attendus et les contenus pédagogiques.
Des effectifs parfois incompatibles avec la viabilité des formations
Dans certaines universités, certaines mentions comptent moins de trois diplômés, ce qui fragilise directement :
- la pérennité pédagogique,
- l’équilibre financier des formations.
En 2026, la répartition des diplômés de M2 met en évidence une très forte concentration :
- Pathologies chroniques stabilisées (PCS) : 54,16 %,
- Psychiatrie et santé mentale (PSM) : 23,15 %.
Ces deux mentions regroupent à elles seules 77,31 % des diplômés. Cette situation, stable depuis cinq ans, ne relève pas d’un phénomène conjoncturel mais d’un déterminisme structurel du système de formation.
Quelle que soit l’évolution des effectifs globaux, la répartition entre mentions demeure quasiment identique d’une année sur l’autre. Le modèle actuel s’ajuste avant tout aux référentiels réglementaires, et non aux besoins réels de la population.
Un affaiblissement progressif des mentions spécialisées
Les mentions :
- oncologie et hémato-oncologie (OHO),
- néphrologie, dialyse et transplantation rénale (NDT),
- urgences,
ne représentent plus que 22 à 23 % des effectifs.
Cette érosion, lente mais continue, s’explique principalement par :
- leur coût académique,
- leur faible attractivité structurelle.
Une formation exigeante, mais attractive
Le taux d’érosion entre la première et la deuxième année de master s’élève à 7,2 %.
Il s’explique principalement par :
- l’exigence académique (mémoire, stages),
- la double activité professionnelle,
- et non par un désintérêt pour la pratique avancée.
Un modèle désormais incompatible avec la loi infirmière de 2025
Une évolution réglementaire difficile à intégrer dans le cadre actuel
La loi infirmière de 2025 introduit une approche :
- populationnelle,
- modulaire,
- évolutive.
Cette logique ne peut toutefois pas être pleinement déployée dans le cadre actuel, fondé sur cinq mentions créées en 2018, aujourd’hui encore en vigueur.
Une condition incontournable pour réussir la montée en charge
Selon l’Unipa, aucune réforme populationnelle ni montée en charge durable de la pratique avancée ne pourra être engagée sans :
- un financement dédié,
- la création de postes bi-appartenants,
- un renforcement des liens entre universités et établissements hospitaliers,
- un investissement massif du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.
L’Équipe SERELYON

