Depuis l’été 2025, les infirmières et infirmiers libéraux (IDEL) sont engagés dans un cycle de négociations conventionnelles déterminant pour l’avenir de leur profession. Annoncées comme devant aboutir avant la fin de l’année, ces discussions avec l’Assurance Maladie ont finalement d’ores et déjà été relancées début janvier 2026.
Un report qui interroge, dans un contexte où les besoins de soins explosent, où les charges des cabinets augmentent, et où la reconnaissance économique du travail infirmier reste largement en décalage avec la réalité du terrain.
Des négociations ouvertes dans l’urgence… et prolongées dans l’incertitude
Lancée le 7 juillet 2025, la négociation conventionnelle devait aboutir rapidement à la signature de l’avenant 11 à la convention nationale infirmière. L’objectif ? Traduire dans les faits les évolutions majeures du métier infirmier et répondre à des années de sous-valorisation.
Pourtant, la réunion du 12 décembre 2025, annoncée comme décisive, n’a pas permis de conclure. Les échanges se poursuivront début 2026, avec des réunions bilatérales puis une nouvelle séance plénière.
Pour les infirmiers libéraux, ce décalage n’est pas anodin. Chaque mois de retard, ce sont des revenus qui n’entrent pas, alors même que les charges continuent d’augmenter : carburant, matériel, logiciels, assurances, cotisations sociales…
Un métier qui évolue plus vite que sa rémunération
Les négociations ne portent pas uniquement sur une question de rémunération ou d’argent. Elles doivent accompagner une véritable transformation du rôle infirmier, officialisée par la loi infirmière de 2025. L’accès direct, la consultation infirmière ou encore le rôle d’infirmier référent sont désormais reconnus par la loi. Sur le terrain, ces missions existent depuis longtemps : évaluer une situation clinique, alerter, coordonner, prévenir, expliquer. Mais le risque aujourd’hui est clair : voir ces nouvelles responsabilités s’ajouter au quotidien sans reconnaissance financière dédiée.
Pour les professionnels libéraux, et pour ceux qui les accompagnent dans la gestion de leur activité, la question est simple : comment intégrer durablement ces missions dans un modèle économique déjà sous tension ?
1. Le potentiel infirmier encore sous-exploité
Alors que plusieurs millions de Français n’ont plus de médecin traitant, les 130 000 IDEL présents sur tout le territoire pourraient être d’une grande aide. Pourtant, leur capacité à jouer un rôle de premier recours reste encore largement sous-utilisée, faute de cadre conventionnel clair et valorisant.
Le BSI : un outil utile, mais encore imparfait
Parmi les sujets les plus techniques, mais aussi les plus sensibles, figure le Bilan de soins infirmiers (BSI). Il permet à l’infirmier, après une prescription de soins liée à la dépendance, d’évaluer l’état de santé du patient afin de construire un plan de soins infirmiers personnalisé.
Vers un BSI majoré pour les situations lourdes ? Les discussions actuelles évoquent la création d’un BSI majoré (BSI+), destiné aux patients les plus dépendants. Une piste attendue par les IDEL, qui alertent depuis longtemps sur la charge réelle de ces prises en charge : temps passé, coordination médicale, surveillance clinique, gestion des traitements. L’enjeu est majeur : éviter que la complexité du soin soit diluée dans des forfaits insuffisants, au détriment de l’équilibre des cabinets.
La revalorisation de l’AMI : un signal, mais pas une réponse
Sur le plan tarifaire, une seule proposition concrète est aujourd’hui sur la table : + 0,10 € sur l’AMI. Un geste symbolique, après plus de quinze ans sans revalorisation, mais largement insuffisant au regard de la réalité économique…
1. Dix-sept ans sans revalorisation : une anomalie économique
Depuis 2009, l’AMI est resté figé. Dans le même temps, l’inflation, les charges professionnelles et la complexité des soins ont explosé.
Pour beaucoup d’infirmiers libéraux, cette hausse de 10 centimes ressemble davantage à un rattrapage minimal qu’à une reconnaissance du travail accompli.
2. Ce que les chiffres disent vraiment
D’un point de vue économique, les soins infirmiers libéraux sont pourtant l’un des modes de prise en charge les plus efficients :
- un patient suivi en libéral coûte deux fois moins qu’en SSIAD ;
- certains soins réalisés à domicile évitent des hospitalisations bien plus coûteuses.
Malgré cela, le financement du soin de proximité reste fragile et souvent placé au second plan.
Derrière la négociation, un enjeu de pérennité pour 2026
Au-delà des montants, ces négociations interrogent l’avenir même de l’exercice libéral. Temps de coordination non rémunéré, déplacements, gestion administrative, contrôles, incertitude réglementaire… Les IDEL absorbent une part croissante de contraintes sans compensation directe.
Les prochains mois devront apporter des réponses claires :
- une trajectoire de revalorisation lisible et durable ;
- une reconnaissance financière des nouvelles missions ;
- un cadre sécurisé pour la prise en charge des patients lourds à domicile.
Le regard du cabinet d’expertise comptable SERELYON
Dans un contexte de négociations incertaines, d’évolutions réglementaires et de pression croissante sur les cabinets d’infirmiers, il est essentiel de pouvoir anticiper, sécuriser et piloter son activité. SERELYON accompagne au quotidien les professionnels de santé libéraux dans la gestion comptable, fiscale et stratégique de leur exercice.
Vous avez des questions sur l’impact de ces négociations sur vos revenus, votre organisation ou vos charges ? Contactez-nous pour un échange personnalisé et adapté à votre réalité de terrain !
L’Équipe SERELYON

