La nouvelle feuille de route 2026-2028 pour la télémédecine, dévoilée à l’issue des Assises nationales, marque une volonté claire du gouvernement : ancrer durablement les pratiques de soins à distance dans le système de santé français.
Si la crise du Covid a permis une adoption accélérée de la téléconsultation, les années à venir s’annoncent plus structurantes. L’État entend désormais consolider ces usages, en renforçant à la fois leur encadrement et leur intégration dans les parcours de soins. Mais derrière les annonces officielles, plusieurs questions subsistent sur le périmètre exact des mesures à venir.
Télémédecine en France : où en est-on en 2025 ?
D’après les données du ministère de la Santé, la télémédecine progresse, mais reste en retrait par rapport à d’autres pays de l’OCDE :
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14 millions de téléconsultations en 2025 (contre 17 millions au pic de 2020)
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270 000 téléexpertises réalisées
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1 médecin généraliste sur 3 utilise la téléconsultation chaque mois
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60 % des téléexpertises sont réalisées par des médecins libéraux
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En moyenne, la téléconsultation ne représente que 3,3 % de l’ensemble des consultations en France (contre 13 % en moyenne dans l’OCDE)
Téléexpertise : un développement ciblé entre médecins
Le gouvernement ambitionne de déployer massivement la téléexpertise, mais cette volonté concerne surtout les échanges entre médecins généralistes et spécialistes, avec une implication accrue des hôpitaux et des équipes de soins spécialisées.
👉 Les pratiques de téléexpertise entre autres professionnels de santé et médecins spécialistes, comme dans certaines filières (ex. : ophtalmologie), semblent aujourd’hui exclues de ce champ prioritaire.
Téléconsultation : vers un encadrement plus strict des lieux d’exercice
La feuille de route met également l’accent sur les territoires prioritaires : patients sans médecin traitant, zones sous-dotées, personnes âgées ou à mobilité réduite.
⚠️ Cela soulève des interrogations sur la légitimité des téléconsultations réalisées dans des magasins d’optique, notamment situés en zones urbaines denses.
En cohérence avec les recommandations de la HAS (2024), le gouvernement prévoit :
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Un encadrement renforcé des lieux d’implantation
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Une déclaration préalable obligatoire auprès des ARS, avec information des CPAM et CPTS
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Une limitation des équipements dans les commerces accessibles directement depuis la voie publique
Téléconsultation assistée : une priorité dans les Ehpad
Une orientation forte de cette feuille de route : le développement de la téléconsultation assistée dans les établissements médico-sociaux, notamment les Ehpad.
Cependant, cette annonce reste floue concernant les projets expérimentaux menés avec certains acteurs comme les opticiens, souvent impliqués dans des actes de téléexpertise, et non de téléconsultation.
👉 Les modalités précises d’intégration de ces acteurs dans les nouveaux protocoles restent donc à clarifier.
Assouplissement du plafond de 20 % de téléconsultations : un geste ciblé
Autre mesure très commentée : la possibilité de dépasser le plafond des 20 % de téléconsultations par an et par médecin. Mais l’extension envisagée est encadrée et ponctuelle :
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Dérogations individuelles (médecins retraités, remplaçants, congés maternité/paternité)
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Situations spécifiques : périodes de tension estivale ou hivernale, zones à faible offre de soins
Aucun assouplissement général n’est prévu à ce stade.
La HAS en appui pour définir les bonnes pratiques en téléexpertise
Pour homogénéiser les pratiques, le ministère a prévu de confier aux sociétés savantes l’élaboration de nouveaux standards de téléexpertise, sous l’égide de la HAS (Haute Autorité de Santé).
Ces recommandations visent notamment à :
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Clarifier les situations cliniques pertinentes pour le recours à la téléexpertise
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Définir les formats types de dossiers à transmettre entre professionnels de santé
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Assurer une meilleure traçabilité et qualité des échanges
Ce qu’il faut retenir
La feuille de route 2026-2028 en matière de télémédecine marque un tournant plus normatif que disruptif. Elle vise à :
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Cibler les usages là où les besoins sont les plus criants
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Mieux encadrer les pratiques et les lieux de téléconsultation
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Promouvoir une téléexpertise structurée, entre professionnels du même champ médical
Pour autant, plusieurs zones grises persistent, notamment sur les pratiques déjà bien implantées dans certaines filières, ou sur l’intégration des acteurs du secteur privé. Les clarifications attendues de la HAS seront donc décisives pour construire un cadre équilibré et pérenne.
L’Équipe SERELYON

