Une prise de tension réalisée en pharmacie bientôt rémunérée 15 euros ? Depuis que ce montant a été évoqué, le sujet fait réagir les professionnels de santé, en particulier les infirmiers libéraux.
Pour les IDEL, la question est sensible : la mesure de la pression artérielle fait partie des gestes régulièrement effectués auprès des patients. La perspective de voir une nouvelle mission officinale rémunérée jusqu’à 15 euros alimente donc le débat sur la valorisation des actes réalisés par les différents professionnels de santé.
Mais attention aux raccourcis : aucun tarif de 15 euros pour une simple prise de tension en pharmacie n’est actuellement acté. Ce montant a été évoqué par un représentant de la profession pharmaceutique et le contenu exact de la future mission doit encore être défini.
Alors, que prévoit réellement la loi ? D’où viennent ces 15 euros ? Et pourquoi les infirmiers libéraux réagissent-ils ?
Prise de tension en pharmacie : que prévoit réellement la loi ?
La possibilité pour les pharmaciens de mesurer la pression artérielle s’inscrit dans le cadre de la loi du 27 juillet 2026 visant à renforcer la prévention des maladies cardio-neuro-vasculaires. Cette loi autorise notamment les pharmaciens d’officine à mesurer la pression artérielle des patients dans une démarche de prévention des risques cardio-neuro-vasculaires. L’objectif est de renforcer le repérage des facteurs de risque, dont l’hypertension artérielle, et de faciliter l’orientation des patients lorsqu’une prise en charge médicale apparaît nécessaire.
Cette nouvelle compétence s’inscrit ainsi dans une évolution plus large des missions confiées aux pharmaciens en matière de prévention.
D’où vient le tarif de 15 euros pour une prise de tension en pharmacie ?
C’est le point essentiel pour comprendre la polémique : les 15 euros ne correspondent pas, à ce jour, à un tarif officiel fixé par l’Assurance maladie. Ce montant a été avancé par Fabrice Camaioni, représentant de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF), comme une estimation de ce que pourrait valoir cette nouvelle mission. Il ne résulte donc pas d’un accord conventionnel déjà conclu.
Le montant et les modalités de rémunération de cette mission doivent encore être discutés dans le cadre des négociations conventionnelles concernant les pharmaciens.
Pas nécessairement 15 euros pour une simple prise de tension
L’expression « prise de tension à 15 euros » peut laisser penser qu’un pharmacien percevrait cette somme pour une mesure ponctuelle réalisée en quelques minutes. Or, le périmètre de la future mission n’est pas encore défini de cette manière.
Elle pourrait être plus large et comprendre, selon les modalités qui seront finalement retenues, plusieurs mesures tensionnelles, l’identification de facteurs de risque ou encore l’orientation du patient vers un médecin en cas de résultat nécessitant une prise en charge.
Il faudra donc attendre la définition précise de la mission pour pouvoir comparer réellement sa rémunération avec celle des actes effectués par les autres professionnels de santé.
Pourquoi les infirmiers libéraux réagissent-ils aux 15 euros ?
La perspective de cette rémunération a rapidement suscité des réactions du côté des infirmiers libéraux.
La raison est simple : la mesure de la pression artérielle fait déjà partie de leur pratique quotidienne, notamment dans le cadre de la surveillance clinique de leurs patients. Convergence Infirmière a ainsi interpellé la Caisse nationale de l’Assurance maladie sur la différence de valorisation qui pourrait apparaître entre professions.
Le syndicat rapproche notamment les 15 euros évoqués pour la mission officinale des revalorisations obtenues lors des négociations conventionnelles concernant l’AMI, l’acte médico-infirmier qui constitue l’un des actes socles de la nomenclature infirmière.
Cette réaction pose une question plus large : comment rémunérer des missions exercées par plusieurs catégories de professionnels de santé ?
Prise de tension et dépistage de l’hypertension : est-ce vraiment le même acte ?
C’est précisément sur ce point que les positions divergent.
Pour les représentants des pharmaciens, comparer directement une mesure de tension réalisée au cours du suivi d’un patient et une mission organisée de dépistage de l’hypertension ne serait pas nécessairement pertinent.
Dans le premier cas, la pression artérielle peut être contrôlée chez un patient déjà suivi. Dans le second, l’objectif serait de repérer une personne qui ignore éventuellement qu’elle présente une pression artérielle anormale, puis de l’orienter vers le parcours de soins approprié.
Une mission de prévention potentiellement plus large
Selon les modalités qui seront finalement retenues, la future mission en pharmacie pourrait associer plusieurs étapes :
- l’identification de facteurs de risque cardio-neuro-vasculaire ;
- la mesure de la pression artérielle ;
- éventuellement plusieurs mesures selon un protocole déterminé ;
- l’information du patient ;
- l’orientation vers un médecin lorsque les résultats le nécessitent.
La question n’est donc pas seulement de déterminer combien « vaut » une prise de tension.
Il s’agit surtout de savoir quel service et quelles responsabilités seront réellement compris dans la rémunération accordée au professionnel de santé.
Les médecins réagissent eux aussi au tarif de 15 euros
Les infirmiers libéraux ne sont pas les seuls professionnels à avoir réagi.
Le Dr Jérôme Marty, président de l’Union française pour une médecine libre (UFML), a également contesté la perspective d’une rémunération de 15 euros pour cette mission. Le syndicat médical estime que cette hypothèse relance plus largement le débat sur la valorisation de la consultation médicale, au cours de laquelle la pression artérielle peut notamment être mesurée sans donner lieu à une facturation spécifique. Dans ce contexte, l’UFML remet en avant sa revendication d’une consultation médicale à 45 euros.
Le débat dépasse donc largement la seule question du pharmacien : il interroge plus généralement la manière dont les actes de prévention et de suivi sont valorisés entre les différentes professions de santé.
Vers une rémunération commune pour les actes partagés ?
La prise de tension n’est pas le premier sujet à mettre en évidence le chevauchement croissant des compétences entre professionnels de santé. Vaccination, prévention, dépistage ou accompagnement des patients : médecins, infirmiers et pharmaciens peuvent désormais intervenir dans certaines missions proches ou communes.
Dès lors, une question se pose : à mission comparable, la rémunération doit-elle être comparable ?
Certains représentants des professionnels de santé défendent cette logique, à condition que soient réellement équivalents le contenu de la mission, le temps consacré, les responsabilités assumées et les conditions de réalisation.
La controverse autour des 15 euros pourrait ainsi alimenter une réflexion plus large sur la manière dont seront négociées à l’avenir les rémunérations des missions partagées entre professionnels de santé.
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