La médecine esthétique connaît depuis plusieurs années une croissance très rapide, portée par une demande croissante des patients et une forte visibilité sur les réseaux sociaux. Mais derrière cet essor se cache une réalité plus préoccupante : une partie de la profession médicale alerte aujourd’hui sur un encadrement jugé insuffisant et sur la multiplication de pratiques illégales.
Dans une tribune publiée dans le Journal du Dimanche, plus de 200 médecins réunis au sein du Cercle des bonnes pratiques en médecine esthétique appellent les pouvoirs publics à renforcer la régulation du secteur et à mieux protéger les patients.
Un marché en plein essor
La médecine esthétique s’impose aujourd’hui comme un secteur économique majeur du domaine de la santé et de la beauté.
Selon les données présentées lors du congrès international IMCAS (International Master Course on Aging Science), le marché mondial de la médecine esthétique représente déjà 19,3 milliards de dollars. Les projections indiquent qu’il pourrait dépasser les 30 milliards de dollars d’ici 2028, soit une croissance annuelle moyenne estimée à environ 7 %.
En France, l’engouement est également notable :
- environ 2 millions de patients ont recours chaque année à des actes de médecine esthétique
- près de 1,2 million d’entre eux concernent des injections (acide hyaluronique ou toxine botulinique)
- les actes sont principalement réalisés par des dermatologues et chirurgiens plasticiens
Le marché français se structure autour de plusieurs segments :
- produits injectables : environ 196 millions d’euros de chiffre d’affaires
- cosmétique dermatologique active : environ 43 millions d’euros
- implants mammaires : environ 93 millions d’euros
À l’échelle mondiale, les perspectives restent importantes. Le cabinet Boston Consulting Group estime que près de 460 millions de personnes pourraient recourir à la médecine esthétique dans les années à venir.
Les médecins alertent sur un cadre réglementaire insuffisant
Dans leur tribune, les praticiens signataires rappellent un point essentiel : les actes esthétiques ne sont pas des gestes anodins.
Les injections, traitements cutanés ou autres procédures esthétiques relèvent pleinement de la pratique médicale et comportent des risques. Mal réalisés ou pratiqués sans formation adéquate, ces actes peuvent entraîner des complications importantes.
Selon les signataires, le cadre actuel ne permet pas toujours de garantir une pratique suffisamment sécurisée.
Ils pointent notamment :
- un accès encore insuffisamment structuré aux médecins formés
- la progression d’actes réalisés en dehors du cadre médical
- une banalisation des injections sur les réseaux sociaux
Cette situation crée un décalage croissant entre une demande de plus en plus forte des patients et une offre médicale strictement encadrée, laissant apparaître des pratiques parallèles.
La multiplication des pratiques illégales
Sur le terrain, certains professionnels constatent déjà les effets de ces dérives.
Les médecins rapportent prendre en charge un nombre croissant de complications liées à des injections réalisées hors cadre médical. Ces situations ne seraient plus exceptionnelles et concernent notamment des injections d’acide hyaluronique ou de toxine botulinique.
Les réseaux sociaux participent à cette banalisation. De nombreux contenus présentent les injections comme de simples prestations esthétiques, comparables à des soins de beauté, sans évoquer les risques médicaux ni les obligations légales.
Or en France, seuls les médecins sont autorisés à prescrire et administrer ces produits injectables.
Des risques bien réels pour les patients
Les autorités sanitaires ont récemment rappelé la gravité potentielle de ces pratiques.
L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a signalé plusieurs cas graves de complications liés à des injections illégales de toxine botulinique entre juin et septembre 2024.
Les patientes concernées ont présenté des symptômes sévères, caractéristiques du botulisme :
- difficulté à parler ou à avaler
- troubles respiratoires
- vision floue ou double
- difficultés à marcher
Certaines ont dû être hospitalisées en réanimation.
L’ANSM rappelle que la toxine botulinique est un médicament soumis à autorisation de mise sur le marché, qui doit être utilisé uniquement dans un cadre médical.
Une régulation demandée par la profession
Face à ces dérives, les médecins signataires de la tribune appellent à plusieurs mesures pour sécuriser la pratique :
- faciliter l’accès des patients à des médecins qualifiés et formés ;
- renforcer la lutte contre l’exercice illégal de la médecine ;
- encadrer plus strictement la promotion des actes esthétiques sur les réseaux sociaux ;
- développer des échanges réguliers entre pouvoirs publics et professionnels du secteur.
Pour les signataires, l’objectif n’est pas de remettre en cause la médecine esthétique, mais d’en garantir une pratique responsable et sécurisée.
Un enjeu croissant pour les professionnels de santé
L’essor rapide de la médecine esthétique soulève plusieurs enjeux pour les praticiens :
- Enjeux médicaux : pour garantir la sécurité des patients ;
- Enjeux réglementaires : dans un cadre juridique encore en évolution ;
- Enjeux économiques : dans un marché en forte croissance.
Pour les médecins qui souhaitent développer une activité en médecine esthétique, il devient essentiel de bien maîtriser les obligations réglementaires, les responsabilités professionnelles et l’organisation de leur activité.
Dans ce contexte, un accompagnement spécialisé par un expert SERELYON peut vous aider en tant que professions libérales de santé dans la gestion de votre activité et les évolutions du secteur. Médecins, découvrez notre offre !
L’Équipe SERELYON

